affiche_juin_2012_bis.png«Le changement, ce n’est pas maintenant..», «coup de froid sur le Smic», «le coup de pouce se transforme en pitchenette» «renoncement» ou bien encore «retour vers la rigueur»... Le caractère sarcastique des commentaires est à la hauteur du mécontentement. Les critiques fusent sur la «dérisoire» augmentation du salaire minimum que le gouvernement a finalement décidé de limiter à 2%, dont 1,4% « mangé » par l’inflation… soit donc une hausse réelle de 0,6% seulement et 6,50€ de mieux par mois… même pas une place de cinéma.

Retour sur le Smic, conquête sociale…
Le salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic) correspond au salaire horaire minimum en France. On ne peut pas, sauf exception, rémunérer quelqu'un en dessous de ce salaire en France. Revalorisé chaque année, le Smic est de 7,23 euros nets de l'heure, et de 1 096,94 euros par mois pour 35 heures par semaine. Avec la hausse de 2 %, le Smic va passer à 1 118 euros net pour un temps complet mais les smicards sont très souvent des salariés à temps partiel. C’est dans l’hôtellerie, le commerce et le secteur de la santé que l’on trouve le plus de smicards et ce sont d’ailleurs en majorité des smicardes…

Selon l'Insee, 10,6 % des salariés français étaient en 2011, rémunérés au Smic, soit environ 1,8 million de personnes. Ce chiffre est trompeur car il correspond aux personnes rémunérées au montant exact du Smic. Mais la population vivant avec un revenu voisin du salaire minimum est bien plus importante. 40 % des personnes ayant un revenu touchent moins de 15 540 euros par an et en 2007, 6 % des salariés français vivaient au-dessous du seuil de pauvreté, fixé à 954 euros par mois. Ces chiffres montrent bien l’urgence à augmenter les salaires.

La critique essentielle qu’on oppose à l’augmentation du Smic est qu’elle serait une dépense insupportable pour les entreprises. Si augmenter le Smic représente une charge supplémentaire qui peut parfois les conduire à licencier, il est par contre impossible d'établir un effet mécanique entre hausse du Smic et destructions d'emplois. On peut déjà remarquer qu’il y a eu plus de 600 000 emplois détruits depuis 2007…. sans pourtant aucun coup de pouce au Smic !

Prenons l’avis d’André Chassaigne, député PCF du Puy-de-Dôme et président du groupe GDR l’Assemblée nationale, qui estime très insuffisants les 2% d'augmentation du Smic au 1er juillet.

"Le signe donné par une augmentation si limitée du Smic à 2?%, mais équivalente en réalité à 0,6?% si l’on tient compte de l’inflation depuis la dernière augmentation, n’est pas suffisant. Je crois que quand on qualifie ce coup de pouce de «?pichenette?», le terme est juste. Je mets au regard de cette augmentation la réalité du quotidien, celui des travailleurs pauvres. Il suffit d’échanger avec le Secours catholique, les Restos du cœur, le Secours populaire, où des salariés au Smic nous disent aujourd’hui qu’ils n’ont pas assez de revenus pour vivre décemment. Il faudra prendre des mesures pour une nouvelle répartition des richesses qui permette véritablement de développer le pouvoir d’achat. Nous attendons des mesures fortes, avec une politique de fiscalité audacieuse, qui s’attaque aux plus gros revenus. Les sommes colossales qui désertent la rémunération du travail au profit de celle des actionnaires doivent être mises à contribution. »

Face à la crise et aux politiques d'austérité, en réponse aux attentes populaires pour une amélioration concrète des conditions de vie, le gouvernement avait, avec une vraie hausse du salaire minimum, la possibilité d'agir efficacement dans plusieurs directions.

La question salariale est essentielle et est au cœur du changement attendu en terme de justice sociale. La revalorisation des salaires est une impérieuse nécessité comme on vient de le voir. Mais c’est aussi une réponse à la crise puisqu’elle relancerait la consommation alors que la compression des salaires étouffe la croissance. Enfin, il faut en finir avec les idées fausses qui font du « coût du travail » la cause des déficits. En réalité, ce sont les « coûts du capital » qui minent l'efficacité productive. En 2010, les charges d'intérêts payées aux banques et les dividendes versés aux actionnaires par les sociétés ont atteint 309 milliards d'euros. Ce sont ces prélèvements financiers qui pèsent sur la santé des entreprises. Depuis 30 ans, la part des salaires dans les richesses créées a baissé de 10 points et dans le même temps, les dividendes versés aux actionnaires ont été multipliés par 5, sans que l’investissement productif ait été développé, ni que l’emploi y trouve son compte.

Le Front de Gauche propose, pour desserrer l’étau financier qui étouffe bon nombre d’entreprises, de créer un pôle financier public pour faciliter le financement des PME confrontées aujourd’hui à des taux d’intérêts trop élevés. Il faut réorienter le crédit bancaire vers des projets porteurs de développement écologique, d’emploi, de formation, de recherche. Il est également urgent de revoir la fiscalité des entreprises, qui impose beaucoup plus lourdement les petites entreprises que les grandes. Les exonérations sociales et aides publiques diverses devraient être conditionnées au développement d’ investissements créateurs d’emplois et porteurs de salaires corrects et a contrario, les entreprises qui pèseraient sur les salaires et sur le nombre de salariés, au profit de la rentabilité financière, verraient augmenter leur impôt sur les sociétés et leurs cotisations sociales.

Augmenter les salaires, c’est un impératif social. Economiquement, c’est possible et bénéfique. Le gouvernement n’a pas choisi ce chemin. La hausse annoncée est jugée « raisonnable » par le Medef. C’est tout dire...

Le changement, c’est pour quand ?