manif.jpgAprès son beau score présidentiel et son résultat beaucoup plus mitigé aux législatives, le Front de Gauche débat ce week-end de son avenir lors de son université d’été aux Karelis près de Grenoble.

Pour la première fois depuis sa création en mars 2009, la coalition du Front de Gauche tient son université d’été. Au programme des deux jours de discussion, deux meetings, dont l’un européen, et de nombreux ateliers de réflexion autour des enjeux de la nouvelle donne politique. Le FdG veut débattre de son action à venir après l’élection d’un président socialiste, événement auquel il a efficacement contribué, et aussi faire évoluer son fonctionnement interne.

Rassemblement politique inédit, le FdG rassemble huit organisations mais aussi des personnalités du monde syndical ou associatif et de nombreux militants et sympathisants non-encartés. Pour faire fonctionner tout ce petit monde efficacement ensemble, le FdG a mis sur pied un embryon de direction collégiale, le « conseil national », des assemblées citoyennes et des « fronts thématiques ». Comment pérenniser, faire évoluer, dynamiser ces structures en associant les membres des différentes composantes du FdG et ceux qui n’en sont pas adhérents, ceux qui voudraient adhérer directement au FdG et les autres qui ne veulent pas voir leur propre organisation se dissoudre dans un cartel ? Innover pour un fonctionnement qui ne laisse personne sur la touche et réaliser une démocratie interne irréprochable, sans renier l’apport essentiel et la richesse des partis qui le composent : l’équation n’est pas simple, l’expérience est originale et tout est à inventer, ou presque.

L’amélioration de son fonctionnement est un impératif pour le Front de Gauche. Les citoyens l’attendent au tournant… Après l’embellie électorale du printemps, 42% des Français considèrent aujourd’hui que les idées défendues par le FdG doivent être davantage prises en compte par le gouvernement, d’après un sondage CSA réalisé pour l’Humanité le 21 août. 57% des sympathisants du PS partagent cette opinion. 25% des Français et 28% des ouvriers estiment que c’est le FdG qui défend le mieux les intérêts des salariés et les jeunes sont 33% à lui faire confiance. Le souhait de changement exprimé en mai reste important et l’’influence du FdG va d’évidence bien au-delà de son simple score électoral. La coalition engrange certainement ainsi les bénéfices de sa campagne présidentielle très démonstratrice et pédagogique. Il peut représenter une carte maîtresse dans la vie politique française et poursuivre sur la dynamique enclenchée durant la campagne électorale, marquée par des rassemblements d’une ampleur remarquable, un intérêt profond et inédit de la part de nombreux citoyens pour ses propositions et un résultat prometteur, fort de ses 4 millions de voix.

Pour pérenniser et amplifier cet élan, le FdG doit poursuivre son action pédagogique et approfondir la « bataille des idées ». Bataille qui sera rude pour lutter contre le fatalisme et faire encore grandir l’espoir qu’une autre voie est possible. Trouver un juste positionnement face à la politique qui sera menée par le gouvernement, être une force de proposition, d’action et non seulement de dénonciation, ne pas apparaître comme un simple aiguillon de la majorité… rien ici n’est simple ni évident. Face à une majorité qui risque de s’engluer dans une « règle d’or », apportant une cure d’austérité qui plomberait durablement tout espoir de changement, le Front de Gauche peut jouer un rôle moteur pour démontrer la nécessité absolue de réformes structurelles d’ampleur, économiques, sociales et démocratiques. Avec la fin du « délai de grâce », nous sommes de plus en plus nombreux à estimer que la « normalitude » du président ne suffit pas à apporter un réel changement et que le compte n’y est pas. L’automne pourrait être décisif, avec notamment la bataille pour un référendum sur le pacte budgétaire.

A condition qu’il soit capable de s’appuyer sur une mobilisation populaire et de faire souffler fortement et durablement le vent qu’on a senti passer sur la Bastille, un certain 18 mars…. le Front de Gauche, avec ses propositions originales, pourrait bien continuer à marquer des points et représenter une alternative de changement réel et crédible. Rendez-vous très prochainement pour continuer les débats engagés lors de cette université d’été.