Une nouvelle fois, la majorité municipale a choisi de faire de sa tribune libre dans la revue de Saint Gratien l’occasion d’attaques inacceptables vis-à-vis d’une partie de la population gratiennoise.

Ce texte provocateur prend prétexte du 50ème anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie pour faire un amalgame scandaleux et historiquement absurde avec la situation actuelle des musulmans dans notre pays.

Nombre d'habitants de notre ville sont choqués par cette prose ? Nous aussi ! Et tout citoyen digne de ce nom doit l'être ! Aussi jugeons-nous indispensable de nous exprimer et d’expliquer notre indignation.

Passons sur la commémoration de la guerre d'Algérie au mois de juin. Il est vrai que l’Algérie a été formellement déclarée indépendante le 5 juillet, mais chacun sait que c’est le 19 mars que l’on commémore la fin de ce conflit. Cette guerre s’est terminée il y a 50 ans… sauf pour l'OAS.

Le bilan fut lourd pour la France. Bien sûr. Une guerre, car c’est bien de cela dont il est question, une guerre apporte son cortège d’atrocités – chaque camp commettant les siennes – de violences, de souffrances et de morts. Des morts, il y en eut beaucoup du côté algérien également. Si les historiens ne peuvent aujourd’hui donner un chiffre exact, on évalue entre 300 000 et 400 000 le nombre de tués dans la population algérienne, soit 3% de celle-ci, comparable au traumatisme subi par la France lors du conflit de 14/18. La décence aurait voulu que l’article les mentionne mais l’auteur a choisi de ne citer que les pertes françaises.

L’article présente ensuite la guerre d’Algérie comme étant « un affrontement de communautés au sein d’une même nation ». Contrevérité évidente, sauf à considérer que l’Algérie et la France formaient alors une même nation… C’est justement parce qu’une nation en colonisait une autre qu’a éclaté la guerre pour l’indépendance de l’Algérie. Pas un affrontement entre « communautés », pas un affrontement entre deux religions, pas plus hier qu’aujourd’hui ! Mais une très sale guerre, dont la France n’a pas fini de tirer tous les enseignements. Il lui faudra notamment reconnaître que ce conflit, si manifestement contraire au droit international, au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et à l’intérêt même de la nation française, a été le cadre d’atrocités et de crimes d’État que nous avons encore à analyser : pratique de la torture, massacre d’Algériens à Paris le 17 octobre 1961, répression atroce de la manifestation de Charonne le 8 février 1962…

De tout cela, l’article ne dit mot… Il utilise une page dramatique de notre histoire pour tancer, une fois de plus, une partie de notre population.

Ce texte, prétendant que les traumatismes sont apaisés – c'est bien loin d'être le cas – et se donnant les gants de promouvoir l'intégration, stigmatise une fois de plus tous ceux qui, étrangers ou d'origine étrangère et non chrétiens, sont accusés de nous conduire à la guerre civile alors qu’ils revendiquent simplement l'exercice de leurs droits.
Tout cela avec les sous-entendus les plus vils et s'appuyant sur des arguments spécieux et mensongers. Ce sont des prises de positions de ce genre, et les actes qui leur correspondent, qui conduisent précisément au communautarisme et peuvent entraîner la guerre civile !

Et bien évidemment, le texte finit en attisant la peur. Il affirme que « la société se scinde ». Mais si notre société est fracturée, ce n’est pas entre les différentes religions ou entre Français de plus ou moins longue date que s’élargit le fossé… « La République baisse les bras », nous assène-t-on en fin de lecture... C’est le refrain déjà ressassé sur le laxisme de la justice. Seule Madame le Maire aurait le « courage de dire non », comme elle l’a déjà prétendu en refusant de laisser les musulmans acquérir un lieu de culte sur la commune, ou en excluant durant plus d’une année des services périscolaires les enfants des familles de réfugiés politiques… Pratiques illégales et condamnées comme telles par les tribunaux.

Au Front de Gauche, nous ne voyons pas un adversaire dans l’étranger, le réfugié politique ou dans le voisin de confession musulmane. Les responsables de la crise sont ailleurs. Ne nous y trompons pas.

Texte collectif du Front de Gauche de Saint Gratien

Voici le texte paru dans la revue de la ville au nom du groupe "Union pour Saint Gratien" de la majorité municipale

1962… Il y a cinquante ans l’Algérie accédait à l’indépendance et près de dix années de conflit s’achevaient. Le bilan fut lourd pour la France : environ 27 500 militaires décédés, un million de rapatriés, des civils massacrés. Aujourd’hui, la reconnaissance historique et légale, l’accès aux archives ou encore les traumatismes apaisés nous permettent de reconsidérer la réalité de ces événements. Effroyable épreuve, pour le citoyen de l’Antiquité comme pour l’homme contemporain, que l’affrontement de communautés au sein d’une même nation... La France moderne a fondé son identité sur le principe d’une collectivité nationale, unifiée, rassemblée autour d’une seule langue et des valeurs de la République. Tout au long du XXème siècle et quels que soient les mouvements migratoires, notre pays a fédéré toutes ses politiques d’accueil autour de la notion d’intégration, se distinguant en cela de nos voisins anglo-saxons. Notre modèle républicain suppose que chaque personne qui fait le choix de venir vivre sur notre sol y adhère. A l’heure où les revendications culturelles ou religieuses sont de plus en plus prégnantes, où la société se scinde, où la République baisse les bras, il est plus que jamais nécessaire de rappeler que, dans l’histoire, le communautarisme fut souvent le ciment de la guerre civile.