Dans le cadre de la loi sur la refondation de l’école, la réforme des rythmes scolaires prévoit l’étalement des 24 heures d’enseignement hebdomadaire sur neuf demi-journées, incluant le mercredi matin et une journée de classe de maximum 5 heures 30.

Les communes devront réorganiser les activités périscolaires existantes, notamment celles du mercredi matin, et en proposer de nouvelles. Les maires ont jusqu’au 31 mars pour annoncer si leur commune met cette nouvelle organisation en œuvre dès 2013.

A Saint Gratien, la réforme des rythmes scolaires sera mise en place dès la rentrée 2013. Le maire l’a officiellement annoncé lors de la cérémonie des vœux le 12 janvier.

Cette réforme des rythmes semble cristalliser tous les mécontentements. Peu à peu, tous les partenaires, qu’ils soient enseignants, parents, élus, ont commencé à émettre de sérieux doutes sur la pertinence de cette modification de la semaine d’école. Elle est visiblement bouclée dans l’urgence, mal préparée et s’est fait récemment retoquer par le conseil supérieur de l’éducation.

De nombreuses voix soulignent qu’elle est coûteuse et difficile à mettre en œuvre et qu’elle risque d’accroître les inégalités territoriales entre communes riches, qui auront les moyens d’offrir des activités périscolaires, culturelles ou sportives de qualité et les autres, moins fortunées, où le nouveau temps se transformera en simple garderie. Les enseignants quant à eux insistent sur le fait que cette réforme n’améliorera pas la vie des élèves tout en dégradant leurs propres conditions de travail. Ils attendent aussi des avancées sur d’autres sujets essentiels à la réussite de leurs élèves, comme la refonte des programmes, la formation initiale et continue des maîtres, les effectifs en maternelle et élémentaire, le retour d’enseignants Rased spécialisés dans la lutte contre l’échec scolaire….

Certes, les rythmes peuvent être un élément permettant la réussite des élèves, mais seuls, ils ne peuvent lutter contre l’échec scolaire.

On ne peut que partager l’opinion de Gérard Le Cam, sénateur communiste pour qui « la réforme, telle qu’elle est prévue ne fera que déstabiliser l’école : elle manque de clarté sur ses visées et ses modalités d’application. Quant aux délais de mise en œuvre par les communes, ils sont trop courts. »

Le PCF, par la voix de son porte-parole, Olivier Dartigolles, alerte sur les dangers de cette refonte de la semaine des écoliers : « Sans vision claire concernant les missions de l'Éducation Nationale et celles des communes, elle risque d'aggraver les inégalités territoriales, d'avoir comme conséquences l'externalisation et la privatisation rampante d'une partie des enseignements, voire leur disparition. La réforme des rythmes, c'est supprimer du temps de classe dans chaque journée pour transférer ces missions en direction des collectivités ou du privé, alors que l'on peut créer les conditions pour que l'école se fasse à l'école. »

Le SNUipp-FSU, principal syndicat du primaire, estime, lui, qu'un report d'un an « serait une décision sage si les communes ne souhaitent pas s'engager parce qu'elles n'ont pas les moyens. Nous savions depuis le début que le nerf de la guerre de cette réforme, c'était l'argent », a-t-il déclaré, préconisant « un fonds de péréquation entre communes pauvres et communes riches, car il y a un danger que des enfants soient mis à la garderie après 15h30 tandis que d'autres auront des activités culturelles, sportives et artistiques de qualité ». Le syndicat met en garde contre une réforme « précipitée et peu financée », demandant au gouvernement de s'engager « fermement pour que les communes aient les moyens nécessaires. Oui, il faut alléger la journée de classe. Mais cette question ne réglera pas à elle seule la corrélation qui existe en France entre l’origine sociale et l’échec scolaire. »

De nombreux aspects restent flous dans cette réforme. Le rôle du scolaire et du péri-scolaire n’est pas précisé. Des activités pédagogiques pourront être mises en place, mais le gouvernement ne dit pas au service de quel projet éducatif. La faible durée de ces activités, 30 à 45 minutes, en réduit la portée et pose la question du personnel encadrant. Et ce n’est certainement pas en assouplissant les normes d’encadrements lors des activités périscolaires, piste actuellement privilégiée par le gouvernement, qu’un projet de qualité pourra être porté.

Aujourd’hui, dans le département, une grande majorité des communes a décidé de reporter la mise en place à 2014 ou ne s’est pas encore prononcée. Quelques communes qui avaient, au départ, envisagé d’entrer dans le dispositif dès 2013 semblent désormais vouloir se laisser le temps de la réflexion. Seul un très faible nombre de communes a pris une décision définitive déjà communiquée aux écoles.

Saint Gratien est donc l’une des rares communes du Val d’Oise à se lancer dans cette réorganisation de la semaine dès septembre 2013, ce qui laisse 5 mois de préparation.

Cette décision suscite de nombreuses interrogations. Quid de l’indispensable concertation avec les enseignants et les parents d’élèves ? Les enseignants ne peuvent être écartés de ce débat qui doit concilier l’intérêt des élèves et leurs conditions de travail.
Il ne s’agit pas de les mettre devant le fait accompli. Or, le calendrier plus que serré fait craindre que les échanges soient réduits à leur plus simple expression.

Le passage à 4 jours et demi a des conséquences importantes sur les conditions de vie et d'apprentissage des élèves. La durée de la pause méridienne, les horaires de l'école, le contenu des activités périscolaires sont des sujets sur lesquels la concertation avec les acteurs sur le terrain est incontournable. Les conseils d’école, qui réunissent parents, enseignants et élus, ont un rôle primordial à jouer en matière de proposition et de discussion de toute organisation du temps scolaire et de l’éventuelle élaboration d’un Projet Éducatif Territorial, projet local pouvant être mis en place. Ils doivent impérativement y être associés.

Il s'agit de construire une journée articulant de manière cohérente des temps scolaires et périscolaires de qualité pour tous les élèves. L’organisation du temps scolaire ne peut être la décision unilatérale d’une mairie. Une concertation préalable et un partenariat sont indispensables.

Parents et enseignants doivent être largement concertés et associés. Or, à l’heure actuelle, à Saint Gratien, rien n’est connu d’une concertation ou même d’une consultation des enseignants et des parents. Les élus, via le Conseil municipal ou les commissions de travail, n’ont encore reçu aucune information.

Il serait inacceptable que des décisions soient prises de manière unilatérale sans concertation avec les équipes d’école et les parents. L’accord préalable des conseils d’école avant toute décision est aussi incontournable. Dans l’intérêt de tous, prenons le temps de la concertation !
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