L'opinion résolue contre la guerre

Trois Français sur quatre sont désormais opposés à la présence militaire française en Afghanistan, selon un sondage Ifop/ L'Humanité

76 % désormais des Français souhaitent que s'arrête net la présence française en Afghanistan, une accélération notable de ce souhait depuis les précédentes enquêtes. 70 % des Français étaient opposés à l'intervention militaire française en Afghanistan il y a un an, un chiffre lui-même supérieur aux 64 % enregistrés en août 2009 pour la même guerre.

44 % des personnes sondées par l'Ifop cet été (1) souhaitent en conséquence que le retrait des troupes s'effectue au plus tôt, c'est-à-dire avant la fin de l'année, et non en 2014 (25 %) comme le prévoit le calendrier de Nicolas Sarkozy, calqué sur celui des États-Unis. 35 % souhaitent un retrait anticipé en 2012-2013.

Sans doute, la multiplication des morts français ces dernières semaines, avec un 74e soldat tué la semaine dernière depuis 2001, et la quasi-certitude désormais de l'impossibilité d'une victoire militaire sur les talibans pèsent dans cette opposition résolue à l'engagement français. Tout comme le fait qu'en Kapisa, où sont basés la plupart des Français, les combats sont tels que c'est la France qui, proportionnellement, paie le plus lourd tribut occidental en termes de morts. 94 % des sondés jugent que « la situation sur place est très difficile et nos militaires y sont très exposés », contre 84 % en avril 2008. Le « risque d'enlisement des troupes occidentales » est toujours perçu, depuis 2008, comme grand, par huit personnes interrogées sur dix. Surtout, l'idée que « la présence militaire française en Afghanistan est nécessaire pour lutter contre le terrorisme international » ou qu'elle aurait permis « de faire progresser le pays vers la démocratie » continue de recueillir de moins en moins de suffrages.

Cette opinion largement antiguerre est partagée quasi indistinctement par l'ensemble des catégories sondées. Seule l'appartenance partisane distingue encore les Français. Si les derniers soutiens indéfectibles à la politique étrangère de l'Élysée se recrutent au sein de l'UMP et des électeurs qui ont voté Sarkozy en 2007, là aussi notre sondage sonne pour le pouvoir comme un avertissement : il confirme que les sympathisants UMP aussi, jugent, à désormais 54 %, souhaitable le retrait français.

En dix ans ainsi, l'approbation de l'envoi de troupes, majoritaire (à 55 %) au moment de la décision de Lionel Jospin de la participation française, est donc descendue à 24 % seulement des personnes sondées aujourd'hui, et seule une minorité de Français croit encore aux objectifs de cette guerre..

Article paru sur L'Humanité.fr

(1) Échantillon de 1 001 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Retrouvez le détail de ce sondage dans l'Humanité datée du lundi 22 août 2011