« Ni fleur, ni couronne »

Ainsi s’achevait le vrai-faux faire-part de décès envoyé au lendemain de la Toussaint par Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, pour inviter les journalistes à « enterrer l’enterrement du Parti communiste français né à Tours le 30 décembre 1920 ». Les « Rouges » qui font de l’humour noir... Manière de donner un petit coup de jeune à l’image du parti de Maurice Thorez qui accueillait, samedi, ses nouveaux adhérents à son siège parisien, Place du Colonel-Fabien. But de l’opération, voulue très médiatique : montrer le « mouvement de renaissance qui est le nôtre en ce moment », a insisté Pierre Laurent. Bref, le PCF n’est pas mort, il fait juste sa mue...

« Vous connaissez la série NCIS ? »

Dans la scintillante salle de réunion futuriste, sous la coupole blanche d’Oscar Niemeyer, 400 nouvelles têtes. Têtes Blondes, grises ou crépues... En tout, 6 500 nouveaux ont pris leur carte depuis le début de l’année, indique le parti. Qui, cette année plus qu’à l’ordinaire, a souhaité faire bon accueil à la « nouvelle génération ».

« On a voulu organiser cette rencontre parce que c’est assez difficile de se faire des amis dans un groupe où les gens se connaissent depuis longtemps... Il y a des anciens qui n’étaient pas trop d’accord, qui ont dit « ce n’est pas dans la tradition »... », explique la truculente « animatrice » de la matinée. Une femme pleine de peps, qui a adhéré à la section du Blanc-Mesnil en février, et qui ne manque ni de prestance ni d’humour pour faire passer le micro dans l’assemblée : « Nous, je nous appelle les « McGill » vous connaissez la série NCIS ? Eh bien on est comme le héros, on est des « bleus » ! » Éclat de rire général.

Les Anciens et les modernes...

Un « tour de table » de deux heures pour se présenter, et expliquer le « pourquoi » de son militantisme. Pourquoi Patrick, pourtant petit-fils du chauffeur de Maurice Thorez et petit-neveu de la secrétaire de Georges Marchais, a-t-il attendu quarante années passées dans le syndicalisme pour franchir le pas ? « Je suis venu au PCF car il a changé de vue, il n’est plus le parti stalinien qu’il était », avance ce militant de Bobigny. Alexis, 30 ans, « issu d’une famille communiste depuis deux générations », a décidé de faire un trait sur ses « mauvaises expériences avec des anciens de Toulouse », et loue désormais la « sacrée évolution dans la mentalité globale du parti communiste ».

Si on ne regrette pas la ligne raide du communisme d’antan, la ligne molle de Robert Hue en prend aussi pour son grade. Il faut savoir « rester unis », même quand la ligne officielle n’est pas toujours à son goût, tempère Pierre Laurent. Et de rejeter dos à dos « le communisme autoritaire qui annihile les forces créatrices » et « le compromis social-démocrate qui n’est rien d’autre qu’un pistolet à bouchon face à une meute de loups ».

Bien entendu, la campagne réussie de Jean-Luc Mélenchon - absent de la journée - a bien souvent réveillé les consciences. Alexandre, « jeune adhérent endormi » a retrouvé l’envie grâce au « cadre plus souple » permis par le Front de Gauche. « Monsieur Mélenchon, sa manière de parler, le fait qu’il n’ait pas peur... C’est lui qui m’a fait découvrir la politique », confie en aparté, avec son accent du Congo Brazzaville, cette petite femme discrète, travaillant en maison de retraite, qui n’a pas pu voter en mai faute d’être naturalisée.

Vers le prochain congrès...

Mais le phénomène Mélenchon n’explique pas tout. « J’ai adhéré au PC, pas au Front de Gauche », précise ainsi un intervenant qui milite « pour l’expropriation ». « En tant que communistes, nous avons une identité forte à défendre, ajoute Pierre, une grille de lecture qui s’appelle le marxisme ». « Il n’y a pas à se cacher d’être communiste ! », renchérit un autre. Pas question pour Pierre Laurent de laisser se dessiner la moindre fissure dans la belle union affichée entre le PCF et le Parti de gauche : « Je l’ai déjà écrit dans mes livres : entre le PCF et le Front de gauche, pas besoin de choisir ! »

Au PCF du XXIe siècle, on n’hésite plus à plaisanter sur la lecture rébarbative des textes fondateurs du parti. Pourquoi ne pas tout bonnement les refonder ? Pierre Laurent, qui évoque les réseaux sociaux et la « révolution informationnelle », enchaîne sur son projet d’encourager des prises de décisions plus « collaboratives » et « le besoin de se confronter sur des lignes différentes ». Une feuille de route pour le prochain congrès organisé début février 2013, dont Pierre Laurent a promis qu’il serait... « rockn’roll ».

Article paru sur Politis.fr

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