Depuis le début de l’été, la « refondation de l’école » est en débat.

Le rapport qui fait la synthèse des discussions a été remis à Vincent Peillon, qui présentera au Conseil des ministres d’ici la fin du mois d’octobre son projet de loi d’orientation et de programmation pour l’école. La loi devrait être votée début 2013.

Ce texte fourmille de suggestions : réformer les rythmes scolaires, accorder la priorité au primaire, redonner du sens à la maternelle, remplacer le redoublement par d’autres méthodes, revoir la formation des enseignants…..

Le chef de l’Etat vient d’annoncer un certain nombre de décisions après avoir reçu ce rapport sur la refondation de l’école. Plus de maîtres que de classes, retour à 9 demi-journées de classe en élémentaire, relance de la scolarisation des moins de trois ans, rétablissement de la formation initiale des enseignants, diminution des redoublements… « L’école doit changer » a affirmé le président de la République. Pour cela « il faudra du temps et des moyens » et le budget de l’Éducation nationale sera « sanctuarisé ». Il a ainsi réitéré son engagement de créer 60 000 postes sur la mandature.

État des lieux après cinq années de sarkozysme qui ont été particulièrement cruelles pour le service public de l’éducation… Enjeux des débats avec une ambition centrale : mettre fin à l’échec scolaire qui laisse sans formation 150 000 jeunes chaque année.

Depuis 2007, l’école a subi des réductions massives de postes, le démantèlement des moyens attribués dans les zones dites difficiles, la disparition de dispositifs d’aide aux élèves en difficulté, le massacre de la formation des enseignants… La part du PIB consacrée à l’éducation a baissé de 7,6% en 1995 à 6,6% en 2008 (chiffres de la FSU). L’école ne sort pas indemne de cette période.

L’école française est devenue une des plus inégalitaires qui soit. Les performances de l’élève sont non seulement fortement corrélées au milieu socio-économique de celui-ci, mais les inégalités apparaissent souvent dès la maternelle et s’aggravent tout au long de la scolarité. Un enfant d’ouvrier a deux fois moins de chance d’arriver au bac qu’un enfant de cadre, les classes d’orientation précoce accueillent à 70% des enfants de familles modestes contre seulement moins de 2% d’enfants de cadres… on pourrait multiplier les exemples. La politique éducative désastreuse mise en place ces dernières années a conduit à la baisse des taux de réussite au bac professionnel et technologique, la scolarisation des 15/19 ans a reculé de 5 points entre 1995 et 2010.

On paie ici la suppression de 80 000 postes dans l’éducation, et son cortège funèbre : effectifs alourdis dans les classes, recul de la scolarisation en maternelle, disparition de personnels spécialisés dans l’aide aux élèves en difficulté, baisse des moyens pour l’éducation prioritaire… Les premières victimes sont les enfants des familles populaires. Un récent rapport de l’OCDE souligne pourtant que réduire l’échec scolaire est payant pour les individus mais également pour la société. Encore faut-il s’en donner les moyens. Le véritable défi pour l’école aujourd’hui est bien d’assurer la réussite de tous.

Une autre école est possible ! Quelques pistes principales pour aller vers une meilleure école :
- Allonger la scolarité en favorisant l’accès de la maternelle aux enfants avant 3 ans. Cette mesure a un impact essentiel sur la réussite future de l’élève, notamment dans les milieux modestes.
- Aujourd’hui, 90% des jeunes entre 16 et 18 ans fréquentent l’école. La scolarité obligatoire doit être allongée jusqu’à 18 ans.
- Reconstruire les réseaux d’aide spécialisée aux élèves en difficulté
- Accorder des moyens pour diversifier le travail dans les classes ; petits groupes, dédoublement, le « plus de maîtres que de classes » est un impératif pour travailler autrement et plus efficacement et favoriser la réflexion des équipes pédagogiques.
- Développer la formation initiale et continue des personnels est une urgence et une priorité.
- Donner plus aux quartiers difficiles en développant « l’éducation prioritaire »
- Assurer l’égalité de traitement sur tout le territoire. Les communes notamment, qui assurent l’entretien et le fonctionnement des écoles élémentaires, ont des choix politiques ou des moyens financiers très divers. L’échelle des dépenses va de 1 à 10. Or, après l’annonce de la modification des rythmes scolaires, ce serait encore aux collectivités territoriales d’assurer l’accès des élèves à des activités périscolaires à la fin d’une journée de cours raccourcie. Il faut mettre en place des fonds de péréquation pour compenser ces inégalités territoriales.

Le chantier de reconstruction de l’école est immense après ces années de casse. Il importe à présent d’écouter les enseignants. Ils ont une expertise qui doit être entendue. Le SNUipp demande l’ouverture d’une nouvelle étape : celle de la négociation. Le syndicat précise que « l’amélioration des conditions de vie et d’apprentissage des élèves et celle d’exercice du métier des enseignants vont de pair. Car, si nous changeons, c’est pour du mieux pour les élèves comme pour les enseignants ».

C’est dans cet esprit que le syndicat, majoritaire dans le premier degré, a lancé une grande enquête auprès de toute la profession et qu’il entend en utiliser les résultats pour peser sur les discussions à venir.

Pour le SNUipp, les orientations affichées par le gouvernement doivent se traduire par des mesures concrètes qui transforment en profondeur le quotidien dans les écoles. Il s’agira bien, après le temps du discours, de réellement « changer la donne », de donner aux enseignants du pouvoir d’agir dans leurs classes pour faire reculer l’échec scolaire, en améliorant leurs conditions de vie professionnelle. Car définitivement, rien de durable ne se fera sans eux.

Enfin, la question se pose de savoir si la France aura les moyens de mettre en œuvre des propositions audacieuses pour l’école dans un contexte de restrictions budgétaires sévères. La FSU en est bien consciente, qui s’est prononcée contre l'austérité promise par la ratification du pacte budgétaire européen.
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