Dans son nouveau rapport « Regards sur 10 ans de pauvreté », le Secours catholique analyse les évolutions de la pauvreté au cours de la dernière décennie.

L'intensité de la pauvreté est de plus en plus forte. C'est une des conclusions de l'étude annuelle du Secours catholique.

Le nombre de personnes sous le seuil de pauvreté correspondant à 60 % du niveau de vie médian, soit 964 euros, a augmenté de près de 10 % en dix ans selon l'Insee, atteignant le chiffre de 8 millions, dont 2,7 millions d'enfants. Les personnes en situation de très grande pauvreté, soit 40 % du niveau de vie médian, étaient un peu plus de 2 millions en France en 2009. (Le niveau de vie médian est celui au-dessus duquel se situe une moitié de la population, l’autre se situant au-dessous.)

Dans son étude, le Secours catholique constate notamment une augmentation du nombre de familles monoparentales touchées par la pauvreté. "Les personnes qui sont en grande pauvreté le demeurent durablement" avec "de moins en moins de sorties de cette situation", en raison notamment "de la crise de l'emploi", note le Secours catholique.

Il souligne aussi que les femmes sont "de plus en plus pauvres parce qu'elles sont de plus en plus seules avec des enfants". Confrontées aux inégalités dans le travail, les femmes sont aussi plus vulnérables face à la misère. D'après l'Insee, le taux de pauvreté des familles monoparentales-majoritairement des femmes- a augmenté quatre fois plus vite que celui de l'ensemble de la population lors de la dernière décennie.

La précarité s'accroît chez les 18/24 ans. Près d'un jeune sur cinq est en situation de pauvreté.

Les migrants, de par leurs difficultés d'accès au travail ou aux aides sociales, sont aussi durement touchés.

La situation des familles étudiée par le Secours catholique montre une augmentation importante des dépenses incompressibles. Les loyers et les prix de l'énergie ont augmenté de manière plus importante que les revenus de ces personnes et que l'indexation des prestations sociales, leur faisant subir une inflation plus importante que pour le reste de la population. "Nous pensons qu'il faut impérativement augmenter les minimas sociaux. Les minimas sociaux, c'est le moyen pour des personnes de vivre décemment et d'avoir une chance de retrouver une situation normale et un emploi", affirme le Secours catholique.

L'augmentation de ces dépenses a également augmenté les impayés constatés. En effet, 60 % des ménages déclarent au Secours catholique faire face à des impayés, concernant dans 40 % des cas le loyer, puis le gaz, l'électricité ou les combustibles.

Extraits du rapport…

"Le nombre de personnes en grande pauvreté (...) ne cesse de s'accroître, tout simplement parce qu'il y en a qui tombent dans la pauvreté et qu'il y en a très peu qui en sortent", a déclaré le président de l'association.
En dix ans, non seulement la pauvreté n’a pas diminué mais elle s’est ancrée davantage dans la société française. Il suffit parfois d’un accident professionnel ou personnel pour que la spirale de la pauvreté s’enclenche. Emploi, logement, santé, éducation… Les difficultés s’accumulent, les situations se complexifient, l’espoir de s’en sortir s’amenuise. Le cercle vicieux est alors de plus en plus dur à briser. (…) Les situations de précarité perdurent, se transmettant parfois de génération en génération.
L’expérience de la pauvreté est d’autant plus difficile à vivre que le regard s’est durci sur les personnes en difficulté. En ces temps de crise, elles sont les boucs émissaires faciles d’une société fragilisée. Or construire le vivre-ensemble suppose au contraire de donner à chacun un capital de confiance pour surmonter les périodes de pauvreté.
La lutte contre la pauvreté et l’exclusion ne peut pas, ne doit pas être du ressort exclusif des associations. Il appartient aux pouvoirs publics d’en faire l’axe central de leurs politiques. Les chantiers sont aussi nombreux qu’urgents. Il y va de la cohésion de la société tout entière. »

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