Je reçois un message de différentes organisations syndicales enseignantes, de la FCPE et de la Ligue des droits de l'homme.

Ce texte alerte sur l’attitude de certaines municipalités qui réservent l’accès des restaurants scolaires aux enfants dont les deux parents travaillent. Dans ces villes, les enfants de chômeurs ne sont donc pas admis à la cantine.

Cette pratique discriminatoire est choquante et inacceptable d’abord parce que ce sont les enfants qui en subissent le plus lourdement les conséquences. Elle renforce l’exclusion dont sont déjà victimes ces familles et stigmatise leurs enfants. Je sais, pour avoir vécu cette situation de près, combien les enfants, même jeunes, ressentent douloureusement cette mise à l’écart. Elle complique singulièrement la vie quotidienne des familles, et notamment des mères, qui doivent être disponibles à l’heure du repas et ne peuvent donc pas se consacrer à la recherche d’un emploi ou suivre une formation. Elle prive les enfants d’un moment de la journée d’école essentiel pour leur socialisation. Pour les foyers les plus modestes, elle ôte la possibilité de bénéficier d’un repas équilibré.

Il est particulièrement indigne de pénaliser un peu plus des familles déjà confrontées à de grandes difficultés. La cantine, service public local, doit être accessible à tous. Le prétexte invoqué par les communes est le plus souvent la capacité d’accueil insuffisante. Seulement, restreindre l'accès des enfants à ce service en fonction de l'activité professionnelle de leurs parents constitue une discrimination aux yeux de la loi. Il y a atteinte au principe d’égalité de tous devant les services publics Ces décisions municipales sont d’ailleurs régulièrement retoquées par les tribunaux administratifs saisis par des associations de parents d’élèves. La FCPE notamment affirme avoir systématiquement gagné les recours engagés.

Ce procédé n’est malheureusement pas rare. Le journal l’Humanité a récemment recensé plus de 70 communes restreignant l’accès à la cantine.

Il ne fait pas bon être enfant de chômeur dans la France d’aujourd’hui. Je pense d’une manière plus générale qu’il y a urgence à réduire les inégalités entre les enfants vivant sur notre sol, en matière d’éducation, de santé, de logement, d’accès aux sports et aux loisirs, d’accueil de la petite enfance, de justice. L'UNICEF a d’ailleurs récemment inclus la restauration scolaire dans le droit à la santé et à la nutrition tels qu’ils sont définis par la Convention internationale des droits de l’enfant.

Public fragile par excellence, les enfants victimes de la pauvreté et de l’exclusion sont trop souvent oubliés de nos politiques publiques. Un important chantier de réflexion et d’action pour nos futurs députés pourrait s’ouvrir dans cette direction.