je_lutte_des_classes.jpgDans le département du Val d’Oise, une quinzaine de conflits, pour la plupart victorieux, ont eu lieu depuis le début de l’année, dans le privé comme dans le public. Une dynamique qui méritait bien une fête.

A la veille du premier mai, la CGT du Val d’Oise a pris le contrepied de la morosité ambiante pour célébrer sa première fête des victoires et des luttes. Une quinzaine de conflits ont en effet éclaté depuis le début de 2011 dans le département. « Quinze luttes, quasiment toutes gagnantes en cinq mois, surtout après la bataille des retraites, ça a un sens », jubile Philippe Lattaud, secrétaire départemental, lors de réjouissances organisées vendredi soir à Cormeilles en Parisis.

Public, privé, les conflits concernent tous les secteurs professionnels et ont permis des avancées tous azimuts : salaires, conditions de travail, emploi, mutuelle… « Cette dynamique prouve que les salariés sont de plus en plus révoltés », analyse le responsable syndical. « Désormais, ce ne sont plus les salariés qui ont la peur au ventre, ce sont les tauliers. Aujourd’hui, ils négocient tout de suite. »

Cinq jours de grève, en février dernier, ont ainsi suffi aux salariés de Val Horizon (collecte des ordures ménagères) pour obtenir gain de cause. Revalorisation salariale de 2%, recrutement de 20 intérimaires en CDI, versement d’une prime exceptionnelle, amélioration des conditions de travail, une mutuelle alignée sur les autres salariés du groupe, organisation d’élections professionnelles, et « respect de la dignité humaine ». « On avait tout mis sur la table, on a tous tenu pendant une semaine. Et on a gagné », se délecte Mohamed Gouidrek, délégué CGT de l’entreprise. (Notre blog s’est fait l’écho de cette mobilisation à plusieurs reprises.)

Autre grève aussi rapide que victorieuse, celle des matelas Benoist, qui eux aussi se sont battus pour leur dignité. Et qui ont obtenu beaucoup plus : régularisation de sans papiers, augmentations de salaires… A ce jour, des problèmes persistent mais Boris, Younoussa, Mouhamadou, forts de leurs nouveaux mandats syndicaux, n’entendent pas « se laisser faire ». Autre exemple, celui des conducteurs de l’entreprise Céobus de Pontoise. En seize jours de grève, les conducteurs de cette filiale de la RATP ont obtenu plusieurs primes, de meilleures conditions de travail et l’arrêt des contrats précaires. « On a fait dégager la direction. Et maintenant, on nous écoute », se félicite Abdel Romdhane, le délégué CGT.

Privé, public, même combat. Chez les territoriaux de la mairie d’Argenteuil, la CGT se mobilise depuis 2008 pour éradiquer la précarité. « On a obtenu la titularisation progressive des 500 contractuels », indique Pascal Videcoq, secrétaire CGT. Élue du personnel CGT au sein de l’office AB-Habitat d’Argenteuil-Bezons, Cécile Sellier, elle, se bat car « plus on précarise les salariés, plus le service public est mis à mal. »

Du point de vue de Philippe Lattaud, ces victoires sont le fait de salariés motivés, mais aussi de la restructuration des unions locales, « instances de proximité faites pour aider les salariés ». « Construire un mouvement, ça se réfléchit, il y a un savoir-faire de la lutte », poursuit-il. Une stratégie qui fonctionne puisque la CGT du Val d’Oise enregistre 600 adhésions par an depuis quatre ans. « On est aujourd’hui plus de 6 000 . En 2010, 70 syndicats de boîtes ont été créés. Les effectifs remontent, avec des jeunes qui ont la niaque. On sent bien qu’on est sur une dynamique. »

Article paru dans l'Humanité du 2 mai 2011