Chers lecteurs, notre blog reprend de l’activité après une pause estivale. Et forcément, le premier billet est consacré à la rentrée scolaire, plus particulièrement celle du primaire….

OLYMPUS DIGITAL CAMERA         Difficile mais porteuse de promesses : c’est ainsi que les syndicats enseignants du premier degré caractérisent cette rentrée 2012 qui sera encore délicate dans les écoles à bien des égards. Les
1 000 postes supplémentaires accordés aux écoles primaires sont loin de réparer les dégâts causés par les années Sarkozy. Mais elle est aussi encourageante avec de premières annonces telles que le recrutement de 22 000 enseignants en 2013 et l’organisation d’une concertation pour une nouvelle loi d’orientation qui arrivera au Parlement en novembre.
Alors que François Hollande affirme vouloir faire de l’éducation une des priorités de son quinquennat, et que les Français plébiscitent cette orientation – deuxième sujet jugé important, après l’emploi mais avant le pouvoir d’achat- la rentrée va permettre d’observer si le changement est bien au rendez-vous.

« Une rentrée de changement », c’est ainsi que Vincent Peillon, nouveau ministre de l’Education, a qualifié la rentrée des classes en ce mois de septembre. Mot quelque peu galvaudé ou réalité ? Certes, 1 000 postes ont été créés dans le primaire pour « pallier les difficultés les plus importantes suscitées par les suppressions d’emplois massives qui étaient prévues : 5 700 en moins dans le premier degré ». Mais il manquera donc toujours 4 700 postes, ce qui laisse augurer que le changement ne sautera pas encore aux yeux. Pour le syndicat enseignant SNUipp-FSU, « ces 1 000 postes sont une amorce de changement qu’il faudra amplifier, car l’on ne reconstruit pas une école abimée par la politique éducative de l’ancien gouvernement en un tour de main. »OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Petit tour d’horizon des chantiers sur lesquels le « changement » est grandement attendu par les enseignants et les parents…

Des moyens pour l’école
Le taux d’encadrement des élèves français dans le primaire est le plus faible des pays de l’OCDE, et cela pèse lourdement sur leurs résultats. L’école est dans une situation calamiteuse après avoir subi la logique de non-remplacement d’un départ à la retraite sur deux, la fameuse « RGPP » qui a coûté près de 80 000 postes à l’Education nationale en 5 ans de sarkozysme. Il y a donc urgence en la matière.
Changement de cap puisque 22 100 postes seront ouverts au concours 2013, dont 9 000 seront réservés au primaire permettant de renouveler les départs à la retraite. Voilà un premier pas, mais le SNUipp estime qu’il faudra pour le primaire au moins
30 000 postes sur les 60 000 promis sur la mandature, un minimum pour scolariser de façon satisfaisante les enfants de moins de trois ans, instaurer un système de maîtres surnuméraires « le plus de maîtres que de classes » afin de changer les pratiques pédagogiques et lutter contre l’échec scolaire, aider les directeurs d’école, accompagner correctement les élèves en situation de handicap, ouvrir des classes pour faire baisser les effectifs. Un minimum…
OLYMPUS DIGITAL CAMERA         Le ministre a également confirmé le recrutement de 2 000 assistants d’éducation et de 1 500 auxiliaires de vie scolaire pour accompagner les élèves handicapés. 12.000 de ces contrats aidés sont renouvelés alors que 14.700 arrivaient à échéance en juillet dernier. Le bât blesse pourtant car à ce jour, plusieurs centaines de contrats EVS affectés à l’aide administrative aux directeurs d’école n’ont pas encore été renouvelés. De plus, les EVS et AVS doivent devenir des emplois pérennes et statutaires car ce sont de véritables métiers, indispensables au bon fonctionnement des écoles.

La formation des maîtres
Dans ce domaine aussi, le changement est au rendez-vous. Le ministre annonce la refondation d’une véritable formation initiale professionnalisée, massacrée par la droite. Alors que les nouveaux professeurs se retrouvent à plein temps, sans formation pédagogique devant leur classe, le ministre a annoncé un dispositif transitoire pour aider ces « sacrifiés de la réforme de la mastérisation ». Réaffirmons fortement que non, on ne peut pas enseigner sans formation. Enseigner est un métier qui s’apprend ! Il y a urgence à assurer non seulement une solide formation initiale mais aussi de permettre une formation continue digne de ce nom pour que les enseignants puissent bénéficier des avancées de la recherche pédagogique et échanger leurs expériences. OLYMPUS DIGITAL CAMERA

La lutte contre l’échec scolaire
15 à 20% des élèves entrent en 6è avec des difficultés en français et en maths : c’est beaucoup trop ! D’autant plus que les écarts entre les bons élèves et ceux en difficulté ont tendance à s’accroître. Notre école est une des plus inégalitaires qui soient avec une corrélation très forte entre échec scolaire et origine sociale.
C’est aux écoles maternelles et élémentaires qu’il faut accorder les moyens pour agir en priorité, car ces premières étapes de la scolarité sont déterminantes pour le parcours ultérieur des élèves.
OLYMPUS DIGITAL CAMERA         L’école maternelle notamment reste un point noir. Alors qu’elle est primordiale dans la prévention des difficultés, par la maîtrise du langage et les premiers pas vers la culture scolaire, sa situation n’a cessé de se détériorer au fil des ans. Les effectifs y sont encore plus élevés qu’en élémentaire, la scolarisation des deux ans a chuté de façon vertigineuse… et ce au moment où l’OCDE rappelle que « l’investissement dès l’école maternelle pour les enfants issus de milieux défavorisés constitue une mesure équitable. » Plus longtemps on fréquente la maternelle, moins on a de risques de connaître l’échec scolaire…d’où l’intérêt de scolariser avant trois ans, notamment dans les secteurs défavorisés.
Et la question des moyens à mobiliser est ici essentielle car chacun sait que l’école française est victime d’un sous-investissement chronique de l’Etat. De nombreuses études convergent pour l’affirmer et l’OCDE estime à 15% le déficit d’investissement du pays dans son école comparé à la moyenne des autres pays de l’organisation. C’est un chantier qui ne se règlera pas en trois mois mais cela représente un impératif si on veut réellement faire bouger les choses. OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Une concertation indispensable
Enfin, à l’heure où le ministre lance la « concertation pour la refondation de l’école de la République » qui débouchera sur un projet de loi d’orientation et de programmation soumis aux parlementaires cet automne, pour une mise en œuvre dès 2013, il importe de rappeler que cette concertation doit se faire avec les enseignants. C’est pourquoi le SNUipp demande au ministre d’organiser une journée banalisée afin de recueillir leur avis sur les différentes mesures en discussion : la réforme de la formation, la modification des rythmes scolaires et le temps de travail des personnels, la question des 6 000 « emplois d’avenir » dédiés à l’éducation….

OLYMPUS DIGITAL CAMERA         Il y aura toutefois bientôt une question épineuse lors de cette concertation. Le ministre a annoncé dernièrement : « Nous savons tous que les enseignants ne sont pas assez rémunérés. Il serait digne de les payer mieux si nous en avions les moyens, et lorsque nous les aurons, nous le ferons. » Le salaire des enseignants français ayant moins de quinze ans d’ancienneté a régressé entre 1995 et 2009. Ils sont nettement en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE.
Mais en ce qui concerne la revalorisation salariale, le changement, ce n’est pas maintenant…
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Bonne rentrée à tous ceux qui reprennent le chemin du travail en ce début septembre !