manif_12_02_3.jpgLes enseignants ont aujourd’hui massivement suivi la journée de grève contre la réforme des rythmes scolaires.
Le principal syndicat du primaire, le SNUipp, dénonce « une grande déception et une vraie exaspération ». Élus, parents, animateurs s’interrogent également sur le décret paru il y a quelques jours, qui instaure la semaine de 4,5 jours et la mise en place d’activités périscolaires par les communes.

N’oublions pas que la question des rythmes scolaires est loin d’être jugée prioritaire par les enseignants, puisqu’elle arrive loin derrière les préoccupations liées aux effectifs dans les classes, le travail en petits groupes, l’aide aux élèves en difficulté….

« S’il s’agit de lutter contre la lassitude et l’échec scolaire, le vrai défi n’est pas de diminuer la quantité de cours offerts mais d’augmenter leur pertinence pédagogique pour accrocher tous les élèves », rappelle Jean-Yves Rochex, professeur en sciences de l’éducation. Dans la lutte contre l’échec scolaire, tout est loin de relever d’un simple aménagement de l’emploi du temps.

Autre risque de la réforme Peillon ; elle délègue aux communes la mise en place d’activités périscolaires et pourrait donc renforcer les inégalités territoriales, au moment où les collectivités consacrent des sommes qui vont de 1 à 10 aux écoles maternelles et élémentaires. Or, aucun financement pérenne n’est prévu au-delà de 2014 pour ces nouveaux temps. Et le périscolaire coûte cher, sans compter la difficulté de recruter du personnel pour seulement quelques heures par semaine. L’assouplissement des normes d’encadrement qui prévoit un animateur pour 14 enfants de moins de 6 ans au lieu de 10 auparavant, et un pour 18 au lieu de 14 pour les plus de six ans, ne permettra pas d’assurer des activités de qualité. Enfin, le décret n’oblige pas les communes à organiser ces activités, ni à les assurer gratuitement, ce qui laisse la porte ouverte à toutes les dérives.

C’est la grande inconnue de la réforme : quel périscolaire pourront organiser les villes qui sont déjà face à une pénurie d’animateurs ? Pour la plupart des communes, il sera dur de trouver du personnel qualifié qui accepte d’être recruté pour 3 à 4 heures par semaine. Les animateurs ont eux aussi le sentiment d’avoir été oubliés dans les concertations, alors qu’ils sont l’un des principaux éléments de la réforme. «Nous ne sommes pas formés pour accueillir des classes complètes. Nous sommes censés proposer des activités adaptées à chacun. Si on accueille tous les écoliers, ce ne sera pas possible. On fera de la garderie », note une animatrice dans la manifestation parisienne.

En tête de ce cortège très fourni entre Luxembourg et la rue du Bac, les enseignants val d’oisiens étaient très mobilisés aujourd’hui. Entre 70 et 80% d’entre eux étaient en grève. « Il y a un véritable malaise, beaucoup d’inquiétude et de colère. Les enseignants se sentent mis de côté dans la mise en place de cette réforme » déclare le responsable du SNUipp 95 au journal « Le Parisien », qui souligne que la mobilisation a été particulièrement forte dans les communes ayant décidé d’appliquer la réforme dès 2013.

A Saint Gratien, la commune a décidé d’adopter le dispositif dès septembre 2013 en allongeant la pause méridienne et en instaurant la classe le mercredi matin avec un accès restreint à la restauration scolaire. La totalité des enseignants de la ville étaient grévistes ce mardi ce qui est totalement exceptionnel et signe d’un profond malaise. Les enseignants demandent la consultation des conseils d’école et le report du nouvel aménagement de la semaine en 2014 pour élaborer un projet associant l’ensemble de la communauté éducative. Ils refusent la décision unilatérale de la mairie et continuent à réclamer une concertation locale indispensable.La ville met, elle, en avant le financement de l’État à hauteur de 90€ par élève si elle se lance dès 2013.

A Paris, après une grève largement suivie des enseignants fin janvier, le maire déclare que la décision sur l’application de la réforme des rythmes en 2013 ou 2014 sera prise fin mars pour aller au bout du débat...

A Saint Gratien, bien que la ville ait déjà décidé de la mise en place dès 2013, la mobilisation des enseignants, qui veulent s’adresser aux parents et aux personnels d’animation, pourrait bien remettre le sujet en discussion….