Saint Gratien

Le Conseil municipal du 7 février a voté la mise en place de la réforme des rythmes scolaires dès la rentrée de septembre 2013.

Voici le texte de l’intervention que j’ai faite lors de cette séance, qui s’est tenue, et c’est assez exceptionnel pour être souligné, en présence de très nombreux enseignants de la commune. La mairie ayant annoncé vouloir appliquer une réforme très controversée sans concertation, ils sont venus manifester leur volonté d’être consultés sur cette modification de la semaine qui risque de changer en profondeur la vie des écoliers.

Cette réforme des rythmes se situe dans le cadre général de la « Refondation de l'école » lancée par le ministre de l’éducation nationale. La priorité à l'école primaire est enfin reconnue, le gouvernement annonce la re-création de milliers de postes supprimés et je m’en félicite. Toutefois, cette refondation est actuellement totalement parasitée par une réforme des rythmes scolaires qui se dessine dans le flou et le désordre.

Au départ, le ministre annonçait le retour de la semaine à 4,5 jours avec une journée scolaire « allégée et mieux articulée avec les temps péri-éducatifs » pour qu’ « aucun enfant ne soit hors de l’école avant 16H30 ».

A l'arrivée, les heures d'enseignement ne seraient réduites que de 30 à 45 minutes en moyenne par jour, ce qui réduit la portée des activités périscolaires et pose la question du personnel encadrant. Et ce n’est certainement pas en assouplissant les normes d’encadrements de ces activités, qu’un projet de qualité pourra être porté. Aujourd’hui même, on annonce le passage d’un animateur pour 10 enfants de moins de 6 ans à 1 pour 14 et d’un animateur pour 14 enfants de plus de 6 ans à 1 pour 18….si cela devait se confirmer, c’est inquiétant !

Ces activités péri-éducatives sur une pause du midi rallongée ou après l'école, ne seront pas obligatoires, ni forcément gratuites pour les familles. Tout dépendra des ressources de la commune. Cette réforme générerait ainsi de fortes inégalités territoriales, entre communes riches, qui auront les moyens d’offrir des activités périscolaires, culturelles ou sportives de qualité et les autres, moins fortunées, où le nouveau temps se transformera en simple garderie...

Sur ce dossier, les interrogations et les inquiétudes sont grandes.

Tous les partenaires, qu’ils soient enseignants, parents, élus, voient se profiler une modification de la semaine d’école visiblement bouclée dans l’urgence, mal préparée, qui s’est fait récemment retoquer par le conseil supérieur de l’éducation.

Nous pensons qu'il faut donner plus de temps pour organiser une réforme des rythmes scolaires réussie pour tous les enfants et dans toutes les écoles. Je crois que cela implique que soient revus les programmes, que soient confortés et améliorés les dispositifs essentiels que sont les Rased et les remplaçants, la formation des maîtres, les possibilités de travailler en petit groupe, les effectifs des classes, l’accueil des élèves en maternelle, l’éducation prioritaire… Tout cela forme un tout. Certes, les rythmes peuvent être un élément permettant la réussite des élèves, mais seuls, ils ne peuvent lutter contre l’échec scolaire.

Sans vision claire concernant les missions de l'Éducation Nationale et celles des communes, je crains aussi comme conséquences l'externalisation et la privatisation rampante d'une partie des enseignements.

J’en viens maintenant à l’aménagement particulier qui nous est proposé au vote ce soir. La commune de Saint Gratien a décidé d’adopter le dispositif dès septembre 2013 en allongeant la pause méridienne, en instaurant la classe le mercredi matin avec un accès restreint à la restauration scolaire. Ces dispositions n’amélioreront en rien ni les conditions d’accueil, ni les conditions d’apprentissage des élèves et ne favoriseront pas la réussite scolaire de tous.

Le scénario avancé soulève de très nombreuses questions et oppositions.

Le choix notamment d’une pause méridienne de 2h30 ou 3h pose de nombreux problèmes. L’organisation des activités dans la journée ne semble pas judicieuse.

Comment remobiliser les élèves après ce temps d’activités ludiques en milieu de journée ?

Quel type d’activités ? Nous n’en avons aucune idée puisqu’aucune information n’a été donnée à ce sujet. Se pose également le problème de la formation des personnels d’encadrement, avec le risque d’un personnel vacataire, précaire et peu formé avec des temps de travail très réduits et cela interroge sur la qualité de cet encadrement.

Ce sont des raisons d'encadrement (je pense aussi budgétaires) qui sont avancées en tout premier lieu dans l’argumentaire municipal en faveur de l’allongement de la pause méridienne. Mais l’alternance d’une demi-heure et d’une heure pourrait tout à fait être réalisée en fin d’après-midi. Quant au « recrutement plus pointu » auquel il est fait allusion, je ne comprends pas non plus en quoi le fait de placer les heures périscolaires en milieu de journée pourrait le favoriser. Le respect des rythmes chrono-biologiques de l’enfant ne vient qu’en dernier lieu des raisons invoquées et il est vrai que les professionnels du terrain que sont les enseignants craignent tout au contraire que ces nouvelles journées d’école ne soient, au contraire de l’objectif recherché, aussi longues et plus fatigantes pour les élèves.

Voilà l’avis d’une spécialiste des rythmes de l’enfant…. (Claire Leconte, chronobiologiste)
« La pause méridienne est une des plus compliquées à organiser correctement par les collectivités. Il s’agit bien d’une pause méridienne. Les activités proposées à ce moment-là ont plus tendance à énerver les enfants qu’à leur proposer la relaxation nécessaire. Cette période nécessite des encadrants particulièrement bien formés et soucieux du rythme de l’enfant. Un allongement trop important ne rend donc pas service aux enfants, sauf si on leur propose suffisamment de lieux, pas uniquement le préau ou la cour de récréation, pour profiter de ce moment pour bouquiner, ne rien faire, faire des jeux collectifs calmes, regarder un documentaire etc… Si ces conditions ne sont pas réunies, aucune reprise attentionnelle n’est possible ensuite, au contraire ! Une longue pause méridienne de plus de deux heures n’existe nulle part ailleurs ! »

Problème aussi pour les enseignants, sommés sans concertation de subir des horaires imposés et travaillant une demi-journée supplémentaire sans pour autant voir diminuer l’amplitude horaire des autres jours de la semaine. Que feront-ils de cette pause, alors qu’ils n’auront visiblement pas accès à leur classe, du fait du manque de locaux pour accueillir tous les élèves en périscolaire sur le temps du midi ? Que feront les enseignants qui sont condamnés à rester à l’école sur ce temps méridien et qui ont besoin d’un espace personnel pour leur travail de concertation, préparations, corrections ? Dans certaines écoles de la ville, il n’y a pas de salle des maîtres, dans d’autres, des locaux très peu adaptés au travail pédagogique d’une équipe.

Nous ne savons rien non plus de l’opinion des autres personnels concernés : les animateurs, les Atsem, les éducateurs sportifs puisque nous avons aussi compris que des activités sportives, culturelles ou artistiques actuellement proposées par la ville sur le temps scolaire, vont « basculer », au moins en partie, sur le temps des activités périscolaires du midi. Mais une telle activité menée par un enseignant en collaboration avec un éducateur sportif, reprise en classe, faisant partie intégrante des apprentissages de la classe et cette même activité menée par un animateur, cela n’a plus rien à voir ! Ces activités risquent de perdre une grande partie de la richesse que leur donne justement ce travail en collaboration entre l’enseignant et l’éducateur spécialisé dans sa discipline.

Enfin, du côté des parents, chez qui l’information ne circule encore qu’à peine, vu le peu de temps écoulé depuis l’information donnée aux parents délégués il y a toute juste une semaine, on s’inquiète de ne pas voir assuré le service de la restauration scolaire, uniquement réservée aux enfants fréquentant le centre de loisirs le mercredi après-midi.

Pour autant, nous ne voulons pas de statu quo. Comme de nombreux enseignants et parents, je considère qu’il est grand temps de changer l’école mais changer pour du mieux ! Une réforme pour mieux apprendre et favoriser la réussite de tous les élèves ? Oui ! Mais ce changement nécessite une large concertation de toute la communauté éducative, et donc du temps. C’est une réforme particulièrement complexe qui ne peut se faire dans la précipitation et l’approximation, qui doit être correctement préparée et financée si on veut qu’elle améliore concrètement le fonctionnement de l’école.

Nous voulons être associés à cette réforme, consultés, concertés. La durée de la pause méridienne, les horaires de l'école, le contenu des activités périscolaires sont des sujets sur lesquels la concertation avec les acteurs sur le terrain est incontournable. Ce n’est pas l’annonce d’un vague « groupe de pilotage » qui peut en tenir lieu, surtout si les horaires des activités périscolaires sont d’ores et déjà fixés de façon immuable ! Les conseils d’école, qui réunissent parents, enseignants et élus, ont un rôle primordial à jouer en matière de proposition et de discussion de toute organisation du temps scolaire et de l’éventuelle élaboration d’un Projet Éducatif Territorial. Ils doivent impérativement y être associés. L’organisation du temps scolaire ne peut être la décision unilatérale d’une mairie et ne peut se faire sans, encore moins contre, l’avis des personnels. Une concertation préalable et un partenariat sont indispensables.

Je vous demande -et les enseignants et les parents présents ce soir vous le demandent aussi- de reporter la mise en place de cette réforme à la rentrée 2014 et d’engager une consultation large des enseignants, des parents, des personnels, des conseils d’école avant toute décision sur la commune afin de construire ensemble le projet le plus adapté. « Nous sommes prêts à construire », vous ont écrit les directeurs d’école, « mais construisons bien. » Nous voulons être associés et consultés et pour cela il faut du temps. Dans l’intérêt des élèves, prenons ce temps.

Le Conseil a voté le principe de l'application de la réforme dès la rentrée 2013. Pour autant, les enseignants ne désarment pas et pourraient continuer à réclamer une concertation locale indispensable. Le 12 février prochain, ils seront en grève pour une réforme ambitieuse de l’école et des rythmes scolaires prenant en compte l’avis de l’ensemble de la communauté éducative, l’intérêt et la réussite des élèves.
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Article paru dans "L'Écho" du 7 février 2013